Partager avec les lecteurs-lectrices ce que j'ai vu, entendu, senti, goûté, ressenti dans ma région natale. Une balade dans le pays tamoul tout en s'informant, pour se forger sa propre opinion...
Quand la littérature française traverse les océans, pour permettre à l'écrivaine de renouer avec ses racines tamoules dans sa ville natale.
Le 29 janvier 2026, j'ai eu l'honneur de présenter mon 3ème roman "Tamij la guerrière, de Pondichéry à Sivagangaï" à l'université de Pondichéry.
Présenter mon travail dans ce cadre universitaire indien où la langue française continue de vivre et de se transmettre avec exigence a été une expérience unique. J'étais ravie de rencontrer et partager ma passion avec un jeune public indien. Une première pour moi...
Et c'est devenu possible grâce à Dr Ritu Tyagi, professeure de français qui m'a invitée à cette rencontre littéraire. J'étais agréablement surprise d'apprendre que mes deux premiers romans ont cheminé, début 2025, jusqu'au Département Français pour y être étudiés.
L'article écrit par l'enseignante doctorante Rajalaxmi Pradhan, en se basant sur la nouvelle "La danse des frangipaniers" (extraite de mon premier roman : Pondichéry, la sensuelle) m'a permis de comprendre l'enjeu de l'interculturalité dans une région multiculturelle comme le Tamij Nâdou.
J'étais loin d'imaginer que ce j'ai écrit de manière spontanée et à visée distractive pouvait résonner, comme un sujet universel, jusque sur les bancs de Pondicherry University. Les lecteurs lectrices s'approprient mes romans, lui donnant parfois des interprétations auxquelles je n’avais moi-même pas pensé. Ces moments-là rappellent pourquoi on écrit : pour que le texte échappe à son auteur et trouve, ailleurs, d’autres voix, d’autres résonances...
Des questions pertinentes m'ont permis de développer des sujets qui me tiennent à coeur. Leur rapport à la langue française est vivant, incarné, profondément réfléchi. Mais aussi une fierté dans cet ancien comptoir français qui milite pour la francophonie.
En ce qui me concerne, c'est la tamijophonie que j'ai mise en exergue ! La langue de Molière mêlée aux sonorités tamoules a éveillé la curiosité des bilingues et ouvert un espace de dialogue. J'ai expliqué mon long travail de phonétisation dans mon dernier roman : les termes anglicisés qui dénaturent la prononciation et leur impact dans la transmission de la culture tamoule. Mon but étant de relayer la langue tamije avec justesse auprès des jeunes générations et éviter qu'elle ne soit dévoyée au fil des décennies par la diaspora...
Je tiens à remercierDr Sharmili Jayapal qui a animé la séance avec bienveillance, ainsi que les enseignant.e.s, chercheur.e.s et étudiants. Grâce à leur travail, la transmission ne se limite pas aux savoirs, elle ouvre des espaces de réflexion et de partage authentiques.
Gratitude à Pondicherry University et ses responsables de m'avoir donné l'opportunité de présenter mon travail dans ma ville natale, dans cet amphithéâtre où le français se vit et se pense loin de ses frontières géographiques 🙏
Je repars de Pondichéry enrichie de nouvelles connaissances, portée par cette énergie sororale. La littérature n’a pas de frontières fixes : elle circule, elle relie, et elle trouve toujours quelque part des lecteurs-lectrices capables de l’accueillir pleinement. Mes livres continueront à voyager... Merci infiniment, Chilpa Dévi 🌺
Sur les traces des Sôjars (Chola en français) dans le Tamij Nâdou...
Je suis arrivée tôt le matin, l'endroit était presque désert. A l'entrée, le Nandi (taureau) gigantesque tournait le dos à l'effervescence extérieure pour se concentrer sur l'essentiel.
J'ai pu assister à l'abichégame (ablution) du lïngame géant qui se trouve dans le saint des saints. Tétanisée par l'énergie du lieu, j'y suis restée longtemps à contempler "la grandeur" de Sôjiswarar.
Mais aussi subjuguée par la beauté de son épouse Brahane-nâyagui dans l'appartement annexe.
L'ouvrage est bien préservé malgré les mille ans d'ancienneté. Les Sôjars étaient des bâtisseurs hors normes (avec l'aide précieuse des éléphants).
Des sculptures d'une finesse ineffable qui défient le temps, des inscriptions tamoules gravées dans la pierre que je ne saurais déchiffrer.
Dans l'enceinte, dans un écrin verdure, plusieurs petits édifices abritent d'autres divinités hindoues. Le puits du lion a sa propre légende d'où le nom de la rivière Gangaï y est associé.
Entre parenthèses, les Anglais sont venus piller des blocs de pierre d'une partie de l'édifice, pour construire un barrage hydraulique à kollidam. Et ce malgré la protestation des autochtones, qu'ils ont amadoués en disant qu'ils allaient le reconstruire avec des briques !
Mon esprit divagua en imaginant le faste de l'époque, le va-et-vient des figures royales et son peuple. Je vais me documenter avant de vous raconter...
En attendant quelques photos qui ne rendent pas la majestuosité du site, il vaut mieux aller sur place vous en rendre compte par vous-même... Chilpa Dévi
Visite janvier 2026
Le visuel en vidéo du temple de Gangaï-Konda-Sôjapouram
Ariyalur est surtout connue pour le temple de Gangaikondacholisvarar à Gangaikondacholapuram, le plus grand temple construit sous le règne de Rajendra Ier dans la région d'Ariyalur.
Après la conquête des plaines du Gange en 1023, Rajendra Ier fit bâtir une grande ville, Gangaikondacholapuram, ainsi qu'un temple dédié à Shiva (Gangaikondacholisvarar) et le lac Chola Gangam, en commémoration de sa victoire.
Le lieu, le temple et le lac incarnent l'héroïsme des Tamouls qui déployèrent l'étendard du Tigre Chola sur les rives du Gange. Il transféra également sa capitale de Thanjavur à cette ville nouvellement construite.
De son règne jusqu'à la fin de la dynastie Chola en 1279, Ariyalur fut la capitale de l'empire Chola pendant 256 ans. Le gigantesque temple de pierre qu'il y fit construire abrite de magnifiques sculptures de la période Chola moyenne. Cette ville est célébrée dans la littérature de Muvarula d'Ottakuttar et Kalingattuparani de Jayankondar.
L'expédition de Rajendra sur le Gange s'acheva lors de sa onzième année de règne (1023 ap. J.-C.). La plus ancienne mention de la ville de Gangaikondacholapuram date de 1027 ap. J.-C. Il est donc évident que la ville fut construite entre 1023 et 1027 ap. J.-C., en mémoire de sa grande victoire.
Les plaques de cuivre d'Esalam, récemment découvertes et datées de 1036 ap. J.-C., attribuées à Rajendra Ier, attestent concrètement de la construction du temple de Gangaikondacholisvarar.
Un autre document, daté de 1068 ap. J.-C., et conservé à Gangaikondacholapuram, mentionne la donation de villages au temple par Rajendra Ier lors de sa vingt-quatrième année de règne (1036 ap. J.-C.). Ces éléments indiquent que le temple de Shiva fut construit entre 1023 et 1036 ap. J.-C., bien que le plus ancien document conservé dans ce grand temple date de 1068 ap. J.-C., sous le règne de Virarajendra.
Ce temple est un témoignage vivant de l'histoire des Cholas, conservé dans la pierre depuis l'époque de Rajendra Ier, et une magnifique galerie d'art et d'architecture Chola.
De nombreuses sculptures, rapportées d'Andhra Pradesh, du Karnataka et du Bengale comme trophées de guerre, sont également conservées dans le temple et dans les villages environnants. Les statues de Chandesura Anugraha Murthy et de Sarasvathy sont parmi les plus belles du temple.Il est actuellement sous le contrôle de l'ASI et du HR&CE, et l'UNESCO a récemment déclaré le temple monument du patrimoine mondial. Source https://ariyalur.nic.in/tourist-place/gangaikonda-cholapuram/
Voici une explication détaillée du site, si vous comprenez le tamoul :Gangaikonda Cholapuram Temple History | கங்கைகொண்ட சோழபுரம் கோயில் உருவான வரலாறு | Rajendra Chola
மாமன்னன் ராஜேந்திர சோழன் கங்கை கொண்ட சோழபுரத்தில் சோழீஸ்வரர் கோயிலை ஏன் உருவாக்கினார்... அந்த கோயில் எப்படி உருவாக்கப்பட்டது? அந்த கோயிலில் உள்ள சிறப்பம்சங்கள் என்ன என்பது குறித்து கங்கைகொண்ட சோழபுரம் மேம்பாட்டு குழுமத்தின் தலைவர் கோமகன் விரிவாக விளக்குகிறார்...
Rajendra cholan history tamil | வாழ்நாள் முழுக்க போரிலேயே கழித்தவன் | ராஜேந்திர சோழன் வரலாறு
J'ai eu l'honneur de présenter mon roman "Tamij, la guerrière - de Pondichéry à Sivagangaï" au festival littéraire d'Auroville (Tamij Nâdou - Inde) qui s'est déroulé du 15 au 21 décembre 2025.
J'étais invitée par Dr Ritu Tyagi, professeure au département français de Pondicherry University : le jeudi 18 décembre à 11h45 à Unity pavilion.
Je remercie infiniment Dr Ritu Tyagi de l'Université de Pondichéry de m'avoir invitée à ce festival littéraire et mis en valeur mon travail.
Ainsi que Rajalaxmi Pradhan qui a écrit un article sur mes deux précédents romans (je le mettrai en ligne plus tard).
J'étais agréablement surprise d'apprendre que les universitaires ont travaillé sur mes ouvrages. C'est une reconnaissance et de la légitimité pour mon travail d'écrivaine.
Mille mercis à toute l'équipe des bénévoles auroviliens d'avoir tout mis en place pour que cet évènement se déroule dans les meilleures conditions.
Le samedi 20 décembre 2025, je suis retournée à Auroville. Cette fois-ci au Pavillon de France,
pour conter cette histoire méconnue par le lectorat francophone. L'après-midi a été constructif avec un public de Français.e.s intéressé.e.s par la littérature et surtout l'Histoire de l'Inde.
Résidents ou de passage, réceptifs et curieux pendant toute la présentation, l'échange était enrichissant. Je suis contente pour Râni car son épopée ne va pas s'arrêter au Tamij Nâdou...
Avec une visite éclair du Consul de France de Pondichéry, Étienne ROLLAND-PEGUE.
Cliquer sur les photos pour les agrandir
Je remercie infiniment Jean-François Claude et les bénévoles de m'avoir reçue chaleureusement.
Gratitude à mon manager "là-haut" qui met les bonnes personnes au bon moment sur mon chemin. Chilpa Dévi
On me demande quelques fois, si je peux donner des cours de langue tamoule.
Même si je lis et l'écris, ce n'est pas mon métier ! Je préfère que ce soit des professionnels compétents qui s'en chargent...
En attendant d'approfondir dans une école de langues, vous pouvez démarrer avec ces cours en ligne. Ils sont adaptés aux grands débutants et permettent de bien s'entraîner à l'écrit (la phase la plus longue de l'apprentissage).
Apprenons le Tamoul de Tamil Virtual Academy
avec le professeur Samicannou Gilbert Aroquiassamy, un bilingue français-tamoul de l'Académie des langues de Chennai, qui explique clairement la transcription et la phonétique correspondante. Voilà l'essentiel pour pouvoir maîtriser la base de la langue tamije :
Ce qui m'intéresse, c'est surtout cette partie de la leçon 3. A la 12ème minute, il explique que l'équivalent phonétique du ழ் en français est bien J (ij).Comme TAMIJ தமிழ்
PourquoiTamij avec un J ?
Parce que c'est l'authentique prononciation dans le Tamij Nâdou et que la langue française n'en est pas dépourvue phonétiquement pour la traduction ! Vidéo ci-dessous
Et j'ai trouvé encore plus fantaisiste, cet article d'un petit journal numérique qui explique comme écrire et prononcer பழம் :
« PAZHAN (prononcez pârrlam, en roulant les « r ») signifie FRUIT ». En rire ou en pleurer ?
Or, cet autre professeur de tamoul, M. Nannane, insiste sur le fait que le français est l'une des rares langues à avoir l'équivalent phonétique du ழ் en français J. C'est souvent mal rendu en écriture latine avec un L. Le ழ de ழகரம் "jagaram" est un trésor de la langue tamije, explique-t-il. Il développe comment l'écrire et prononcer correctement en effleurant le palais avec la langue. Pour exemple : பழம் le fruit qui se dit pajame (et non palam ou pazham).
Alors pourquoi tamil avec un L (ou ZH) ? Comme il n'y avait pas l'équivalent phonétique du "ij" en anglais, tamij a été transcrit approximativement tamil ou tamizh chez les Anglo-saxons. Et nous, Français, nous déformons cette belle langue vernaculaire en nous référant à l'anglais, au lieu de le transcrire directement du tamoul !
J'ai trouvé pire ! En continuant mes recherches, j'ai trébuché sur une méthode d'apprentissage du tamoul publié par une institution française : comment ழ "ja" peut devenir "la" en français ? Un linguiste n'est pas censé savoir qu'on a l'équivalent phonétique de ழ் = J en français ?
En translittération(reproduction des lettres)et transcription(reproduction des sons) → தமிழ்s'écrit et se prononce bien TAMIJ. (A remarquer qu'en dessous ள est correctement prononcé "la").
cliquer sur l'image pour l'agrandir
La base même de l'alphabet est mal interprétée ! C'est ainsi qu'on induit en erreur les futures générations de Français.e.s qui s'y réfèrent pour apprendre le tamoul ! Ils-elles ne sauront plus à quel saint se vouer puisqu'il n'existe aucune standardisation de transcription tamoul-français pour uniformiser l’écriture. Avis aux écoles de langues de Paris ??
Même les maisons d'édition se mettent à publier des interprétations erronées de textes anciens hindous ! A force de traduire le tamoul à partir de l'anglais, on est en train de dévoyer cette langue vernaculaire et détruire son essence. Les mots ont une racine, une vibration dans la langue de Tirouvalouvar... .
A juste titre, j'avais fait un long travail de phonétisation dans mon 3ème roman "Tamij, la guerrière - de Pondichéry à Sivagangaï" : j'ai apporté des modifications à la graphie des mots tamouls, afin de respecter la prononciation authentique et éviter une déformation à long terme de la langue tamoule. C'est aussi une volonté de s'affranchir des influences coloniales et de rendre justice aux sonorités originelles.
Un exemple concret : la graphie "Tamil Nadu" vient d’une translittération anglicisée de "தமிழ் நாடு" qui signifie Pays Tamoul. Adopter Tamij Nâdou est un moyen de revaloriser cette langue dans les écrits francophones ! D'où ma démarche pour promouvoir une transcription plus fidèle dans mon roman :
"தமிழ்" → Tamij avec un J + "நாடு" → Nâdou avec un accent circonflexe sur le â pour bien prononcer la voyelle longue (aa) et ou pour remplacer le u (de Nadu des anglophones).
J'aurais préféré tomber sur les cours de M. Samicannou avant d'écrire mes livres, cela m'aurait évité de me tracasser longuement pour la transcription... Raison pour laquelle, j'ai mis en exergue ses vidéos, afin que vous puissiez vous faire votre propre opinion ! Pratiquer à la fois le tamoul et le français depuis mon enfance me permet d’avoir une double sensibilité linguistique.
La préservation de l’identité culturelle ou linguistique est importante pour éviter que les déraciné.e.s Franco-Tamouls intègrent des données erronées de leur culture racinaire. Beaucoup d'enfants de la diaspora grandissent avec des termes tamouls anglicisés qui dénaturent la langue millénaire de leurs aïeul.e.s.
Vous qui êtes bilingue français-tamoul, Qu'en pensez-vous ? Il est peut-être temps de rectifier le tir... Bon apprentissage, Chilpa Dévi
Vous vous posez des questions sur les rites de passage et leurs significations dans la culture tamoule ? Voici un livret, que j’ai conçu de A à Z, qui peut répondre à certaines de vos interrogations sur la cérémonie de la puberté, mandjal nirattou vijâ, perpétuée dans le Tamij Nâdou et sa diaspora.
La 1ère d’une série intitulée Rites féminins du
Tamij Nâdou. Ce livret illustré est adapté à un jeune public et peut être instructif dans un
milieu pédagogique. C’est dans le but d’ouvrir des conversations que les adolescentes n’ont jamais
osé avoir avec la famille et les adultes en général. Un vrai outil de sensibilisationafin que
les menstruations ne soient plus un tabou…
Cérémonie de la puberté dans la culture tamoule Collection Rites féminins du Tamij Nâdou - Mandjal nirattou vijâ
L’accroche : Les rituels jalonnent la vie des femmes indiennes, de l’enfance à l’âge mature, dans le but d’accompagner les transformations physiques et émotionnelles pour les aider à s’épanouir dans leur féminité. La cérémonie de la puberté est un rite de passage honorant son féminin sacré.
Née dans une famille franco-tamije, j'ai grandi dans une double culture à Pondichéry (Inde). Je vous emmène dans l’intimité des femmes tamoules découvrir les secrets de ces célébrations ancestrales qui perdurent dans le Tamij Nâdou et dans la diaspora indienne.
Copyright INPI 2025 :ce livret est protégé par le code de la propriété
intellectuelle.Ainsi
que le contenu de la conférence afférente à ce thème : Les rites féminins de l’enfance à la maturité chez les
femmes tamoules
Publié le 23 septembre 2025, le livret broché est
disponible en ligne :https://amzn.eu/d/7T6NAcZ Et aussi lors des
prochains évènements en présentiel. N’hésitez pas à me
faire part de vos remarques et suggestions. Merci infiniment, Chilpa Dévi