24 septembre 2023

Un Nari dans le poulailler

Un Nari* dans le poulailler  

Un poulailler aux premiers abords banal. Les joyeux côt-côt-côt des poules résonnaient dans la basse-cour. Nari s'était tellement investi pour constituer un vivier de volailles digne de ce nom. Elles accouraient toutes pour lui rendre service dès qu'il claquait des ergots. « Oh Nari, tu es flamboyant. Oh  Nari, tu es si doué. Oh Nari, tu es si bon » s'extasièrent les poulettes amoureuses. Son jabot grossit, sa crête délavée surgonfla avec l'âge. Il avait besoin d'être flatté pour compenser sa faible estime de soi. 

nari : renard en tamoul
Cela n'avait pas toujours été le cas par le passé... Il attirait plus les poulets que les poulettes. Son point faible était son croupion : les chapons, il en rêvait. Mais en public, il redoubla d’effort pour attirer de belles poulardes nourries aux grains pour affirmer qu'il était un mâle alpha. Le quinqua régentait son poulailler comme un coq en pâte... 

Côté boulot, il avait essayé de travailler comme tout le monde pour gagner sa vie. Mais, il n'excella dans aucun domaine : manque d'études, de diplômes, de compétences et surtout un QI de poulet… 

Alors, il dénicha une poulette aux œufs d’or pour assurer ses arrières financièrement. Naïve, l'orpheline se laissa embobiner par son caquètement insistant. La poule pondeuse aménagea un pondoir douillet pour couver ses œufs. Ils finirent par éclore ce qui ne fit qu'aggraver l'égo de Nari. Le poulet au foyer torcha les poussins et prépara à becqueter, en attendant le retour de la working-poulette.

Au fil du temps, le poulet entretenu s’ennuya ferme, exilé dans une contrée glaciale. Avec la maturité, le constat était amer : il était devenu Rien ! Un statut honorable de père de famille ne suffisait plus pour être respectable aux yeux des siens. Nari aspirait à devenir célèbre et voir son nom épinglé sur un livre. Alors, il se mit à picorer dans des ouvrages variés puis finit par pondre à son tour un manuscrit.

poupoule désespérée
Une poule maternelle, possédant une maison d’édition, le prit sous son aile et transforma ses gribouillis en fable éléphantesque. Un énorme coup de patte qui l’étiqueta écrivain mais il n'en fut pas pour autant reconnaissant envers la désintéressée. Humble, elle n’en attendait rien non plus. Mais son vieux coq aigri pesta contre l’opportuniste, jadis son pote, qui serait plus débrouillard que lui ! Malgré tout, Nari leur en voulait de ne pas avoir édité son livre...
 
C’est son mode de fonctionnement : jouer sur l'affectif pour se servir des autres, de les ignorer après et surtout s’en attribuer seul les mérites. Son surnom de kôji-pie lui allait si bien...

Une poulette seule, livrovore à ses heures perdues, pesta « je lui ai rendu tant de services depuis ses débuts et en retour, il n'a jamais mentionné mon nom dans ses romans». Cela n'empêcha pas cette hypocrite de flatter son jabot en public. La fifille était secrètement amoureuse du poulet ingrat depuis belle lurette. Elle se doutait qu’il n'y avait pas de réciprocité même s'il lui laissait croire le contraire, exacerbant sa jalousie envers les autres poules. Une idylle virtuelle avec un poulet marié n'engage à rien. Juste à rêver de l'inaccessible sans prendre de risques dans le réel. Le meilleur moyen d'éviter une indigestion avec le bouillon de poulet.

« I'am sexy and I know it » Nari 
Flattées d’être courtisées par un coco pseudo-intellectuel, quelques poules se prirent au jeu. Le love-bombing, il en était expert : le poulet mytho soufflait le chaud et le froid consciemment. Il attisait la rivalité naturelle des poules en les montant les unes contre les autres. Les tracassières se crêpèrent la crête dans le clapier. Mais, le manipulateur de poulailler s'arrangeait toujours pour garder leur faveur. 

Au fond, il n'avait aucun respect pour elles. ll se vengeait de sa propre génitrice en maltraitant celles qui  s'attachaient à lui. Honteuses de s'être fait rouler dans le maïs aussi facilement, certaines préférèrent s'en éloigner sans mot dire. « Le karma lui donnera une bonne leçon » se désola une poule défraîchie, victime du poulet séducteur. D'autres, dépendantes affectives, végétaient dans l'enclos, dans l'attente implicite de gratitude pour leur dévouement. Elles manquaient de jugeote !

L'omerta profita au poulet prédateur qui continua à abuser de la vulnérabilité de ses conquêtes pour servir sa personne. Ni émotions, ni sentiments, ni regrets, il sévissait en douce sans être inquiété des conséquences...

Epaulé par ses volailles de premier choix,  Nari dégobilla un second roman, cette fois-ci de son niveau. Erreur fatale qui trahit son imposture aux yeux d'une poulette éclairée : la différence de style était flagrante entre le premier et le second. Son talent fut acclamé par des amateurs qui n’avaient pas déceler la pâle imitation. Quelques coqs-has-been rallièrent sa clique, en espérant avoir de la visibilité. Et pourtant, ils le méprisaient en privé ! 

Il faut quand même reconnaître que Nari était doué pour une chose : manier sa langue fourchue dans son bec fendu. Son bagout lui permit de tisser un réseau solide et des contacts dans le milieu littéraire. Et surtout d'attirer la sympathie des autres volailles en se victimisant. 

Séparé de sa génitrice dès l’enfance, le coquelet avait développé le syndrome de l’abandon. Son géniteur l'avait délocalisé de sa basse-cour natale, loin de ses racines, dans une ferme où tout lui était étranger. Pouléméro se servit de son passé tragique pour amadouer son entourage, surtout les desperate-house-poules qui gravitaient autour de lui. Elles le cajolèrent chacune à leur façon pour éponger son mal être sous-adjacent ; elles-mêmes étaient en manque d'attention et de reconnaissance. 

koula nari : renard rusé
«Le pauvre, il a grandi sans mère-poule» excusaient-elles ses caprices ! Leur empathie malsaine faussa leur discernement. Elles pensaient être capables de guérir sa psychopathologie. Le poussin plaintif se sentit de plus en plus confiant et fit de la séduction son arme fatale. Super-sexy-chicken vêtit son cap pour sauver les femelles délaissées de tout âge. 

Quand un jour, une poulette déKalée croisa sa route... Nari, qui voulait être seul sur le devant de la scène littéraire vit cela d'un mauvais oeil ; l'imposteur était prêt à tout, pour mettre K.O. ses concurrent.es. Tous les coups sont permis avec le koula-nari (renard court sur pattes), rongé par la jalousie...

La suite croustillante de la vie secrète du poulailler au prochain épisode...  © Chilpa Dévi

Je me suis essayée à un nouvel exercice : écrire une nouvelle satirique. Une version humoristique du renard dans le poulailler. Ne vous vexez pas à cause du champ lexical qui se rapporte aux gallinacées. Je n'ai rien de personnel contre elles. J’ai beaucoup ri en l’écrivant, j’espère que vous en ferez autant en le lisant.  
une poulette imperturbable...


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caricatures : I.A.

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C
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